samedi 2 mai 2009


Par une nuit de folie j'ai vu passer Rimbaud à la portière du soir, il allait à la poste chercher les colis de Mémé.

Se promenait-il au flanc de la colline du soir, est-ce par accident qu'il avait bordé le trottoir ? Prendrait-il par le Luxembourg de nuit ? Et je le vis filer à travers les grilles jusque dans le jardin des sénateurs. Allait-il de son pas fringant pour écorcher quelques pourceaux de la politique entre les allées du soir ? J'avais fait le tour du grillage toujours sur le trottoir et je le vis simplement là plongé dans la fontaine aux diables, celle de Médicis. Sûr que le faune le regarderait de son œil pensif, et une petite brise légère de lumière se faufila sous l'éclat du soir. Les lampadaires n'avaient pas l'air de le gêner car il faisait sombre tout de même dans l'obscurité. Cherchait-il sa sœur Isabelle derrière une porte cachée ? Le tombereau de tout ses enfants et toute la marmaille de l'humanité, sans plus compter les animaux ?

Et les arbres et les plantes jailliraient de nouveau !

Au sud des pins maritimes on compterait les morts. A tir d'aile et brise d'oiseau l'âme de Rimbaud s'envola vers les prés sur le coteau desquels on peut voir les souffles de démons. Fou ! dit le vent. Rimbaud allait quelque part, ça c'est sûr !

C'est du côté de Bordeaux qu'on le revit chasser les crémaillères au bord de l'entrevoyure. Pourquoi s'envolait-il si vite et vers quel futur ? Avait-il fui la capitale lassé des balades aux buttes Chaumont, capitulant de l'âme en sa conscience à genou sur les tombes au parc du père la chaise ? Qu'est-ce que ça pouvait lui foutre au fond que j'écrive des chansons. Je le vis assis sur la dune à contempler l'océan et l'entendre penser que transformé en raie il traverserait l'eau de l'amer jusqu'aux confins des Amériques.

A moins de s'y transbahuter en couffin et il siffla une cigogne. Déjà au Père Lachaise il priait sur la tombe de Morrison, sûr qu'il roulerait son joint avec les indiens du sud et casserait la pipe en cristal de Jules pour se l'offrir à Jim sous un platane. Oncques le vis au bûcher de Jeanne tirer à l'arc ses flèches empennées de plumes et de mots doux à l'intention de Marie. Il traversait les marées autant que les intempéries sans canne ni même parapluie, soufflant dans les bronches du temps et les ouïes de la folie.

Dansant sur les nuages au son du tambourin il réveillait les dieux encore endormis en leur sifflant du pipeau de sa petite pipe indienne d'où sortaient des mélodies aussi douces que l'intérieur des cuisses à Madeleine. Et je le retrouvai dans le Bronx chantant des gospels et du feu sous les allées d'Harlem électrisant le sang des dieux. Une vieille pute africaine lui enflamma les cheveux arrosés de whisky et lui arracha de la bouche un baiser de feu. Il continua à danser des fleurs dans les cheveux en claironnant tout bas qu'Obama au grand jour serait à nouveau un bouddha. Il tira dans les cassolettes et les chiens chauds à la moutarde avaient vraiment le feu aux gorges, aboyant de concert aux lentes agonies du capitalisme étreint et des profits éteints.

Rimbaud au fond se foutait des modernités autant qu'il aimait à se les contrecarrer, de jour comme de nuit, veillant sur les étoiles au frontispice des cieux. Il se mit à pisser tout en haut d'un building tel l'angelot de la Bastille pour attiser le feu des révolutions nouvelles, l'urine injectée d'eau de feu et sans doute ne buvait-il pas que du whisky, il était devenu un plein fût de bourbon, quelques latinos qui se promenaient dans la rue lui lancèrent des galettes au piment pour éteindre sa braise et son gosier en feu.

Il fallait laisser la vie s'installer au cœur. Pourquoi me suis-je enfui du Caire déjà ? Je suis rené dans la tombe à Jim où sont peintes les saintes écritures à James Doug et j'arpente les pavés de Paris fuyant le bitume de mes renaissances. A trois ans d'âge mental déjà le petit Rimbo criait à sa mère épluchant les carottes : J'encule la ponctuation et les fautes d'orthographe aussi ! Peut-être parce qu'il y avait des pyramides.

Pourquoi vendre des armes ? Parce qu'offrir des larmes permettait de tuer le chagrin. Il y avait dans ses yeux le regard des étoiles lorsqu'il traversait le désert de nuit, on voyait naître à la lumière de lune sur les grains de sable la nature du son et le désir du nom : silence écrit en lettres d'or.

Qu'aurait la pensée raison à s'offrir la simple idée aux prononciations d'un discours dubitatif ?

La blonde s'appelait Entreprise et la brune Liberté. Jim et Arthur avaient-ils été le même homme ? Saurions-nous reconnaître le sens des destinées à travers le dessein de nos histoires anciennes et des vies parallèles ? Seul Sauron le saurait. Car seul Sauron pourrait le sauroir. Et il plongea à la surface du miroir aux eaux luisantes qui brillaient d'éclats de lune. Du nom de l'outre-tombe surgit la pensée divine électrisée de lumière nouvelle aux destins pensifs de la moderne nuitée. Il n'y aurait plus de nom aux choses, le firmament le savait. Depuis bien longtemps le temps n'avait plus servi aux plus hautes expressions intimes de l'éternité de l'être.

Passage dans le désert de la nuit obscure de l'âme.

J'entends ton vent souffler et la mer pas loin de toi. Es-tu près du rivage où l'on entend les oies sauvages se faufiler entre les roseaux et les herbes sages fouettées par le vent aux odes salées de printemps et de cieux de firmaments ? As-tu enfoui ta poésie au creux d'une cage dorée ? T'es-tu enfui si loin que tu ne puisses plus caresser mes cheveux enfouis de tes pleines mains ? De ce lieu sourd d'où tu t'enfuis s'évaporent les essences de la poésie.

A la recherche de la tête de Méduse.

Je le vis danser et chanter sous la lune, torse nu et habillé d'une jupe. Rimbaud aimait à se déguiser en femme, tout comme certains anciens rois à leurs meilleures heures moyenâgeuses tandis que la Renaissance profilait ses longs bas vers les bois de la révolution nouvelle. Son sens de la féminité ruisselait au goutte-à-goutte sur sa peau nue et luisante et la pluie dédoublait ses arcs-en-ciel.

Alors qu'il marchait vers les plaines désertes du roi Tarek Abdul Aziz, y acheminant une pleine cargaison de kalachnikov et d'onguents de bois bandé à dos de chameaux, la caravane s'arrêta au bord d'un ruisseau imaginaire. Une vision fugace le ramena aux temps du bon roi Louis, et tout comme César débarqua en Afrique, il trébucha sur un gros caillou qui avait la forme d'une pomme.

Il se cogna contre le Buisson Ardent et dût relever le gant du défi de Jules César dont la toge était toute froissée, la gueule enfarinée du sable rouge des déserts qui avait dessiné sur sa face les insignes de la guerre, peintes en lettres de sable rouge sur son visage d'indien les mots du chant et du champ des mystères. Ils virent passer Moïse pensif contemplant le grain du désert à défaut de caillou et lui jetèrent au passage de copieuses poignées d'olives, traînant dans les vieilles poches de leurs sacoches au cuir tanné. Moïse ne broncha pas tout en souriant du regard au passage.

C'est que j'ai un peuple d'ignorants à éduquer mes bons agneaux, il faut une loi à mes petits enfants, pour pouvoir circuler sur les voies du grand seigneur impénétrable...

La guerre de Prusse faisait rage en 70 avant JC, et on avait pas encore inventé l'avion. Rimbaud se projeta vers les plaines d'Afghanistan pour tirer à la mitraillette et ça canardait sec à la roquette sur les vallons du Hezbollah hélas. Légolas me tira une flèche dans le cul et du sang bleu coula sur sa pointe lorsque je la retirai.

I've found a lake dit la petite voix bleue de la déesse dorée.

Les mots sont le sel préservé du souvenir ! s'écria Keziah Jones dans une flambée de romance indomptive et musicalement sauvage. Nous avions bien connu les sauvages aux temps du bon Moïse. Il déposa sa vieille carcasse pourrie à nos pieds tout en chantant que Socrate n'était pas encore mort, il avait achalandé un petit bateau de pêche de printemps en corps mort sur le bassin de l'Arcachon. Cachons cet Art Madame que nous ne saurions voir ! Car seul Sauron saurait et pourrait le sauvoir.

Pourquoi Jim avait-il si souvent et tant de fois sacrifié sa queue à l'autel du silence ?

Chacun mange son pain blanc et tout le monde cherche son matou.

La mère d'Arthur s'appelait Catherine, on n'a jamais pu faire plus casse-couilles qu'oncque ne vit à travers l'univers et tous les filaments du cosmos réunis. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que l'on choisit ses propres parents tout là-haut depuis le grand ciel étoilé, une fois qu'on s'est réincarné dans le soleil et plongé en sa chair de lumière. Toutes ces projections plasmiques ne sont qu'effet de la matière afin de renaître au sein de l'univers. Ma mère est cette chair nourricière.

Celle à qui j'ai tété le sein et la mamelle de lait depuis la tête du téton jusqu'à la pointe du mamelon. Gorgé de voie lactée je reposai mon âme au milieu des nuits noires de l'obscurité. La vraie vie est ici dans les lunes d'ailleurs. Je commençai par faire un bon trou au milieu de ma dent afin d'y loger une capsule de cyanure. Car la vraie vie est dedans. Puis je me tirai une balle dans le genou, afin de mieux comprendre la nature de nos consciences.

L'infirmière me réveilla au petit matin, les dieux anciens de l'Égypte nouvelle avaient décidé de m'emmener en hélicoptère, afin de faire le grand voyage dans le bateau des cieux, arrimé un peu plus haut dans les airs sur une belle plateforme de lumière.

La mère de bouddha aussi était bien une sacrée casse-couille et on a vu Job se faire harceler par des primates de la non-intelligence. La coupe sacrificielle était pleine, il aurait fallu se farcir le Télos et l'Eïdos des Grecs, et tout ça en chinois, bien assis au fond de nos écritures anciennes. Sur qui allions-nous tirer les longues droites de nos futures perspectives ? Allions-nous remonter le long du grand fleuve noir de la sainte écriture jusqu'aux routes salées empruntées par des rois mages ? Viens, je t'emmène au Mont des Miracles, perchés sur une branche de cerisier nous éplucherons les fleurs des oliviers et nous gorgerons de la chair des orangers.

En allant jusqu'au bout du sanctuaire peut-être pourrions-nous glaner quelques belles et nobles causes. Toute blesse et la dernière tue. Le prince Édouard avait coutume de dire aux vieilles à la caisse des hypermarchés : Vous verrez, vous serez moins pressées au moment d'aller vers la mort. La vérité visse et le vert tue. La vérité blesse lorsque s'en vient le vent de ta promesse et que la mort de la dernière heure a sonné, et t'a pris la main pour t'emmener voir derrière le miroir du vice et de nos vertus.

La française est acide et l'espagnole juteuse. Que dire de la fraise néerlandaise ? Une afghane sans bourka c'est bien une népalaise. A l'orient du ponant nous vîmes le tirant d'eau du voilier se faire la malle et le pont se voiler d'ombres infinies, la déesse Illusion nous baisa du regard en sautant à pieds joints sur les cordages du bastingage.

C'est bien la faute à Dieu si on a dû écrire la Bible. La Torah est avant tout le chant des poésies du corps absolu et de l'âme. La langue française moi je lui tords le bras et j'en fais de la sculpture de métal où l'acier en fusion nous gémit des cœurs de rage et des noyaux en lave. Orthographe est une fille délicieuse que j'aime mettre à la torture en lui tordant le cou. J'aime à la supplicier et la faire crier de douleur autant que de plaisir. Elle est précieuse la garce et c'est souvent que d'un regard plaintif elle supplie : Aïe ! tu me fais mal aux conjonctions de coordination ! Je t'en foutrais des corps absolus de coordination. Autant prêcher à un moine musulman la raison funéraire du solstice d'hiver !

Moïse commençait à s'énerver dans nos bagages, enfermé à poil sous sa soutane, dans la soute du voilier. Nous l'avions emmené dans nos poches en croyant satisfaire nos proches sur le sens de la réalité de nos santés mentales.

La mère d'Arthur était bien pire que Médusa ou même les trois gorgones réunies. D'un bras elle me donna la vie, de l'autre s'écoulait du poison. Je mordis à ses lèvres comme on goûte au sang des vampires. Pour un peu je lui glissais un plein sac d'oignons et toute une gousse d'ail dans le cul. J'avais déjà enterré ma mère dans le sol, ne laissant dépasser que la tête à l'air libre, tout le corps recouvert entièrement compressé par le poids de la terre. Et puis j'avais natté ses longs cheveux en une tresse unique, m'agenouillant à son côté et me penchant sur son visage pour lui demander dans un souffle si elle avait bien allumé en premier lieu la mèche. Dans un sourire de connivence j'allumai sa chevelure qui brûla comme une torche au son du crépitement.

Son visage disparut sous la glace et l'on voit maintenant depuis des millénaires de jolis rosiers pousser sur la pente des glaciers. Je me tirai sur la pointe des pieds.

Je n'avais pas douze ans lorsque je fus emmené pour la première fois par la gendarmerie pour vol de voiture avec effraction. Ma mère voulait me faire enfermer. Je m'échappais de l'asile en compagnie de mon lama. Nous irions faire un tour vers les hautes plaines du Tibet pour voir si le dalaï-lama s'était enfin réincarné en femme. Il faudrait prendre un ticket pour le transsibérien express mais je n'avais plus de monnaie. J'empruntai un cheval.

Môman, je veux que tu m'expliques ça : comment qu'il a fait Rimbo pour se réincarner en plume d'oiseau ! ?

Il a monté sur le dos du cheval du vent qu'on appelait Lungtapa puis s'est envolé sur les ailes du grand dragon à plumes.

Peut-être que Nicolas de Staël il a eu une vision si pittoresque depuis la vue de sa fenêtre au premier étage qu'il en a sauté la tête la première sur le doux carrelage aux carreaux boisés de sa terrasse d'été.

Les morts continuent de parler dans la mémoire du vivant. Debout face à Nostradamus !

Les Iliens avaient coutume de boire au rhum ancien et vieux. Était-ce pour aller se promener dans les champs assis sur le samadhi ?

J'ai eu le droit à une renaissance dans cette vie-ci, dans cette vie-là le jeu des vicissitudes de l'existence se brûle aux feux de la passion.

Lors que le cours de nos douces sollicitudes démembrées se côtoie au détour d'un couloir de musée, les Muses nous emmèneraient-elles à la rencontre de Pablo Picasso, délicieuse tahitienne aux courbes charnues et à la peau de miel ?

As-tu jamais entendu la voix sourde du poëte à la langue de feu crier dans la nuit comme un loup blessé ou le yéti en feu loin là-bas sur une pente du Népal ?

Siddhi Abraham Ibn El Choukroune et Padma s'en va l'homme !

Pour quelle raison aime-t-on tellement se faire enfiler jusqu'à l'os ?

Au cours des soirées à franges, lorsqu'il y avait du grabuge dans les esprits avinés et les cerveaux sirotant du champagne, lorsque commençait à monter graduellement les bouffées de chaleur et les visions soudaines de mon délire cosmique, c'est là que j'emportai bien au fond du caisson arrimé au cœur des pontons le trésor secret caché du fond du trou de nos mémoires.